
C’est aujourd’hui que débute la campagne de vaccination contre le virus H1N1. J’imagine que ça ne vous a pas échappé. Ni non plus qu’une certaine polémique concernant l’opportunité de cette vaccination s’est développée. Ce n’est pas mon rôle de citoyen de donner des avis médicaux sur cette question, mais en revanche, c’est tout à fait mon boulot de soulever quelques points de droit ou d’éthique, quelques statistiques, et de relayer quelques résultats d’études scientifiques.
Le droit de choisir
Premier point essentiel : à moins que ne soit déclaré un quelconque état d’urgence (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), c’est au patient, et au patient seul, de décider d’accepter quelque traitement que ce soit d’un médecin. Le médecin est censé lui apporter une information complète et loyale lui permettant de prendre sa décision en toute objectivité. Vous avez donc parfaitement le droit de demander, si vous vous interrogez sur l’opportunité de cette vaccination, à évaluer votre situation personnelle avec un médecin en qui vous avez toute confiance. Personne n’a le droit de vous faire culpabiliser de recevoir, ou de refuser, ce vaccin.
Vous avez aussi, pour vous aider dans vos décisions, le droit de vous informer à toute source indépendante que vous jugerez pertinente. C’est un peu plus délicat, car cela vous demandera un effort de connaissance et de compréhension important, mais vous ne le regretterez sans doute pas.
Les risques et les bénéfices
En science, et particulièrement en matière de santé, on ne décide pas au hasard, à l’intuition, de ce qui est bon ou pas. On se base au contraire sur des études aussi approfondies que possible. C’est sans doute ce que la science a de plus estimable : exiger d’elle-même la preuve de son efficacité. En matière de vaccination, on est donc supposé évaluer objectivement les risques et les bénéfices : si le bénéfice est clairement plus important que le risque, on décide que la vaccination est utile.
Cette évaluation doit se faire au niveau collectif (est-il utile de lancer une campagne de vaccination), puis au niveau individuel (le vaccin est-il indiqué ou pas, pour chaque patient). On comprend dès lors que chaque vaccin devrait être évalué avec le plus grand sérieux avant sa mise sur le marché, et aussi après, pour en évaluer les éventuels effets secondaires à long terme.
Mais est-ce le cas ? Et que donnent les évaluations existantes pour les vaccins contre la grippe saisonnière, celle qui revient chaque années et qu’on connaît donc bien ?
Et bien, à ce qu’on sait, ce n’est pas brillant. D’abord, leur efficacité est douteuse, limitée à certaines catégories de la population. Quant aux risques éventuels, ils sont assez mal évalués. Prenez le temps de lire cet article de Thierry Souccar, s’appuyant sur les études existantes, dont voici la conclusion :
“Au final, la vaccination de 5 millions de Français chaque année prévient probablement au mieux quelques dizaines à quelques centaines de décès. Vous trouvez que c’est mieux que rien ? Certes, encore faudrait-il connaître les risques éventuels liés au vaccin. Et là aussi le bât blesse : « Aussi incroyable que cela paraisse, il n’existe quasiment pas de données sur la sécurité de ces vaccins, explique Tom Jefferson. Chez les personnes âgées, en dépit d’une base de données de plusieurs millions d’observations, la sécurité n’a été rapportée que dans cinq essais contrôlés portant sur moins de 3 000 personnes. Et encore, la période d’observation n’a duré qu’une semaine ». Il n’y a certes pas de preuves que le vaccin contre la grippe saisonnière soit dangereux, mais il est surprenant que ces questions de sécurité intéressent si peu les autorités sanitaires.”
D’autres auteurs, tels que le Dr Marc Girard, se basant sur les études existantes, parviennent aux même conclusions : une efficacité douteuse, des risques mal évalués.
Une pandémie redoutable ?
Oui mais, me direz-vous, nous ne sommes pas dans le cas d’une épidémie de grippe classique. Cette pandémie est d’une autre trempe, il faut donc prendre des mesures exceptionnelles.
Là encore, étudions les chiffres : durant tout l’hiver austral, l’hémisphère sud a recensé autour de 6000 morts du fait de la grippe A. Ca peut faire peur, mais c’est tout de suite moins impressionnant si on compare ce chiffre à la mortalité habituelle de la grippe saisonnière : 6000 morts, c’est comparable à ce que l’on recense en France chaque année. Rien qu’en France, pas dans tout l’hémisphère sud. Pour l’instant, cette épidémie est donc moins virulente que l’épidémie habituelle.
Elle peut devenir redoutable. Le virus peut muter. Mais alors, qui peut garantir, ou même supposer, que le vaccin contre le virus actuel (en supposant qu’il le soit aujourd’hui), sera encore le moins du monde efficace ? Si un médecin compétent dans le domaine peut m’affirmer ça avec quelques arguments, je suis preneur.
Un vaccin bâclé
Je ne peux pas juger de la qualité de l’évaluation des vaccins qui sont en train d’être mis sur le marché. Je peux juste, là encore, en tant que citoyen, m’étonner de la manière dont ces vaccins ont été développés, puis acceptés par les gouvernements.
Pour développer un médicament, quel qu’il soit, et les vaccins en font partie, il faut passer par des procédures assez compliquées de mise sur le marché. Des études sur l’innocuité, notamment, qui prennent quelques temps, et puis des procédures administratives assez longues. Tout ça prend des années, durant lesquelles on évalue les risques patiemment. Ce n’est même pas toujours suffisant : il arrive assez fréquemment qu’un médicament soit retiré de la vente après sa mise sur le marché, parce qu’on découvre des effets secondaires graves que les évaluations avaient laissé passer : plusieurs années d’évaluation sur quelques milliers de personnes sont parfois insuffisantes pour connaître les effets à long terme d’une substance active.
Qu’en est-il de notre vaccin ? A-t-il été évalué plusieurs années ? Non. Plusieurs mois ? Ca dépend ce ce que vous entendez par plusieurs. Sachant que les études ont commencé en août, qu’il y a obligatoirement plusieurs phases d’essais cliniques, et que les premiers vaccins ont été livrés dès octobre, cela veut dire que l’ensemble des processus d’évaluation a duré deux mois au maximum. Quelques semaines au maximum pour chaque phase des essais.
L’argument généralement utilisé pour justifier de cette très courte évaluation, c’est qu’on a du recul sur les vaccins contre la grippe, et qu’on peut donc simplifier les procédures. Mais nous avons vu que ce recul est pour le moins relatif, et cela contredit un autre argument qu’on nous sert par ailleurs : cette pandémie est exceptionnelle, elle est fondamentalement différente de la grippe saisonnière classique. Mais alors, si elle est fondamentalement différente, comment peut-on la prévenir avec un vaccin fondamentalement identique ?
La loi, l’argent public et autres broutilles
La procédure normale d’évaluation d’un médicament aboutit à son autorisation de mise sur le marché, ou à son refus : le laboratoire qui le développe soumet un dossier complet aux autorités, qui, en fonction de la solidité de ce dossier, acceptent ou non de mettre en circulation une substance active.
Dans le cas qui nous occupe, les choses se sont passées différemment : en France, le vaccin était déjà acheté avant qu’un quelconque dossier ait été présenté. Selon le Dr Marc Girard, il était déjà entendu, dès l’été, que l’autorisation de mise sur le marché ne poserait pas de problème. Il n’était pas envisagé que le dossier puisse être refusé. 750 millions d’euros ont donc été dépensés sans la moindre certitude sur la qualité du produit acheté.
D’ailleurs, en cas de problème, pas de problème : les laboratoires disposent de l’immunité juridique pour les vaccins qu’ils développent. Même si ça se passait mal, même s’ils n’ont pas fait leur boulot correctement, ils ne risquent rien. Mieux qu’au loto, on gagne à tous les coups.
Et qu’on ne compte pas sur les autorités pour nous délivrer une information claire et honnête : les experts qui les conseillent ne cachent même plus leurs conflits d’intérêt. Travaillant pour les marchands de vaccins et délivrant leurs avis sur ces vaccins au ministère de la santé, ils ne trouvent même plus cela gênant. Le Dr Bruno Lina, conseiller du ministère, épinglé par Le Parisien qui révèle ses liens avec l’industrie pharmaceutique, prétend ne pas avoir d’influence réelle sur la ministre. On se demande bien alors à quoi servent ces experts que personne n’écoute.
Alors, avant de vous faire vacciner, parlez-en d’abord tranquillement à votre médecin, qui est le seul à pouvoir réellement vous conseiller en ce qui concerne votre santé, et prenez votre décision en conscience. Et si vous voulez en savoir plus avant de le consulter, lisez par exemple ce rapport de 38 pages du Dr Marc Girard, ou encore toute autre information indépendante que vous pourrez trouver. Mais rappelez-vous : en matière de santé, et hors de situations exceptionnelles décrétées en bonne et due forme, vous, et vous seul, avez le droit, avec le conseil d’un ou plusieurs médecins vous connaissant personnellement et se prononçant uniquement sur votre cas personnel, de décider de ce qui est bon pour vous : c’est la loi, et rien d’autre.
Auteur : Fabien
Article initialement publié sur le blog 1000 idées pour la Corse : se vacciner (ou pas)
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